Une soirée à l'université de Lausanne...
Une fraîcheur s’accentuait depuis
que l’après-midi s’enfonçait sur la ligne du temps. Sur l’esplanade de ce
bistrot de l’université de Lausanne, le vent devenait de plus en plus froid, les
doigts commençaient de geler malgré la tasse de thé vert que mes mains
tenaient. Les amis s’étaient permis chacun un grand verre de bière fraîche, je
pensais à leur gosier recevant le liquide froid, essayais d’imaginer à quoi
ressemblait leur plaisir, me demandais comment démêler ce désir de l’instant
imbu de froid qu’était devenu ce crépuscule. Perchés que nous étions sur ce
monticule, nous échangions des mots dans une conversation pêle-mêle, puis une
brèche s’ouvrait sur cette indémontable passion que valaient les belles
lettres. Avec mon ami A, nous parlions d’abord du processus de création
littéraire, lâchions des bribes de paroles résumant un peu la manière dont l’inspiration
nous emballait pour remplir des mots utiles sur du papier : il me
racontait comment il improvisait les histoires devant ses enfants, qui
finissaient par en être émerveillées ; nous enchaînions par les auteurs que
nous avions lus, il m’évoquait Erri De Luca, et bien d’autres qui l’ont
impressionné, surtout nous analysons d’un même point de vue la simplicité et la
profondeur des mots avec lesquelles les livres d’Erri De Luca étaient écrits
car j’avais lu « Sur les traces de Nives » : des livres simples charriant
beaucoup d’émotions et de philosophie avec des mots tout aussi modestes, qui revêtaient
un potentiel fécondé avec l’articulation syntaxique et lexicale de l’auteur.
Nous
entendions de là où nous étions une musique retentir avec intermittence ;
une guitare basse avait une prépotence sur l’ensemble de toutes les mélodies
qui nous parvenaient, elle émettait un son lourd que ne semblait dompter le
souffle du vent qui bruissait dans une communion sensuelle sur les feuilles d’arbres.
Le froid qui augmentait me rendait un peu distrait, j’ajustais de temps en
temps ma veste de velours ainsi que mon écharpe. Mon ami A était venu à l’université
tout comme moi pour assister à la conférence que donnait l’amie M sur une loi
controversée, qui allait prohiber le port du voile dans les écoles du Valais en
Suisse romande. L’amie M milite dans un collectif féministe, qui voit dans
cette loi une tentative de la droite nationaliste et conservatrice suisse au pouvoir d’exclure de la
scolarisation les élèves musulmanes : une forme déguisée d’islamophobie étatique.
Une conférence à laquelle je m’intéressais particulièrement pour voir comment
se tissent l’exclusion et l’acharnement
islamophobe derrière des prétextes remplis de mauvaises intentions tacites. À peine
qu’elle finissait son verre, l’amie M me faisait signe de m’apprêter car nous
devrions partir, rentrer au boulevard Grancy par le métro en passant par le
Flon ; j’écourtais donc ma conversation avec l’ami A et faisais mes au-revoir
à toutes les personnes autour de la table avec qui nous partagions un verre d’amitié.
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